Arts textuels

Reste

Maxime LEMIRE


Je me rappelle d’un dernier repas,
d’un dernier aurevoir sincère,
du riz et des bâtonnets de poisson.  

À travers le regard d’un autre,
je revois ton air triste,
la misère dans tes yeux,
les supplications
que j’ai ignorées. 

Ton appartement sentait le pot.
Je portais mes plus beaux vêtements.
Sans le savoir,
j’étais prêt pour tes funérailles.

Tu m’as offert
un repas d’avant
mais le poisson
avait un goût amer. 

Criss.
Criss que tu me manques, maman.

Tu me montrais ton nouveau modem satellite,
m’expliquais comment enregistrer tes émissions.
Tu voulais paraître heureuse.
Jamais tu n’as eu l’air aussi vieille.
Je te trouvais pathétique. 

Je me tuerais juste à y penser.

Tu t’es assurée que je me nourrissais bien.
Tu es redevenue ma mère
un instant.
Si seulement j’étais parvenu à redevenir ton fils.

Ta misère me faisait peur comme une maladie.
Je me demandais si c’était génétique. 

Est-ce qu’on est nés pour être malheureux, maman? 

Tu voulais que je rapporte
les restes
à la maison.
Tu t’étais privée pour moi.
On aurait presque dit
une mère
et son enfant. 

On a discuté encore un peu.
Deux étrangers.

Ton chum revenait bientôt.
J’avais trop peur pour lui faire face
même avec toi. 

Je me suis sauvé comme un lâche.
J’ai oublié les restes que tu as emballés.

C’était la dernière fois
avant les pilules,
avant l’hôpital,
avant que tu ne sois remplacée par une pierre. 

Je ne m’habille plus propre.
Je ne mange plus de bâtonnets de poisson.

Si ce n’est pas pour toi
Si ce n’est pas par toi
À quoi bon?

 

Maxime LEMIRE termine son baccalauréat en études littéraires à l’Université de Sherbrooke. Il est aussi lutteur. Sa poésie fait probablement aussi mal qu’une prise Cobra Clutch Legsweep (oui, on a vérifié sur Wikipédia, pis ça existe).

 
 

Illustration: Alexia Matte.